New-York – jour 3

N’ai-je pas dit hier que nous nous ne ferions plus 10km à pied en une journée? C’est bien mon genre de dire des âneries pareilles.

Je me suis livré à un petit jeu. J’ai refait nos trajets sur Google Maps pour voir quelle distance nous avons marché en moyenne par jour. Résultat: 14km le premier, 12km le second et 11km aujourd’hui. Oui ça baisse, n’empêche.

D’un bout à l’autre

Ce matin direction l’extrême nord de Manhattan, la station de métro de la 190ème rue pour être plus précis. Soit environ 19km depuis l’hôtel. Comme il est bien entendu hors de question de faire ça à pied, nous sautons dans le métro. Ceci après un petit déjeuner pour le moins frugal pris dans le parc de la mairie de NY. Le tout au son d’une manif’ du syndicat des charpentiers du bâtiments visiblement peu content d’une mesure prise par le nouveau maire.

Le métro ici est mondialement connu son côté peu ragoûtant et peu rassurant. Devinez quoi, c’est vrai! Même si ça relève plutôt du ressenti pour le second point. Par contre il est vraiment crade c’est un fait. En plus son fonctionnement est pour le moins particulier. Etant donné les distances à couvrir, ils ont mis en place un système de trains « express » et « local » qui bien entendu passent sur le même quai. Une fois qu’on a compris, ça demande un peu d’attention et c’est très simple mais ça peut obliger à changer de train pour aller à une station précise. Tout ça pour dire que nous avons pris un express pour la 190ème rue. 10 arrêts au lieu de 27 mais 45 minutes de trajet quand même.

Perso je m’attendais à débarquer dans un coin un peu zonard et en fait… c’est boboland là aussi. En fait tous les coins de la ville un peu craignos sont en train de se gentrifier. Ressenti qui se confirmera plus tard dans la journée en arrivant dans le Queens. A la sortie du métro on s’est regardé en mode « ha ouais! on va pas trainer là » et 2 pâtés de maison plus loin c’était ambiance smoothie papaye goyave bio, tshirt en coton équitable non testé sur anus de babouin et pantalon trop court avec mocassin sans chaussettes. Mais je digresse.

Nous sommes donc venus dans le nord de Manhattan pour visiter de cloîtres. En fait de cloîtres il s’agit d’un bâtiment d’inspiration européenne dans lequel ont été incorporés différents éléments architecturaux d’époque importés d’Europe. En effet monsieur Rockfeller est venu faire ses courses en Europe, a acheté des ruines, les a faites rapatrier ici et a mandaté un architecte pour faire une sorte de gloubiboulga de tout ça. Pour le coup c’est plutôt réussi. On trouve aussi dans les lieux tout un tas d’objets religieux d’origine diverses (hollandais, espagnol, allemand, italien etc).
On y croise finalement peu de touristes. Ce qui n’est pas un mal. Par contre il y a pas mal de groupes scolaires. Marrant d’écouter la guide expliquer la symbolique des vitraux du Moyen Âge a des mômes dont la culture est à des années lumières de ça.

Le câble

C’est en repartant des cloîtres que je repère « le câble ». Ce truc mérite un paragraphe à lui tout seul tellement c’est surréaliste.
Explication.
Comme vous le savez (ou pas), il y a une très importante communauté juive orthodoxe à NY. Il est commun d’en croiser dans les rues avec leur costume, chapeau etc. Cette communauté est également très influente dans la vie de la ville malgré sa pratique très rigoriste de la religion. Hors religion et business entre parfois en conflit. Notamment lors de certains jours de la semaine. N’étant pas spécialiste de cette religion et de sa pratique, je vais simplifier à l’extrême. En gros, ils ont trouvé un moyen de pouvoir faire du biz même pendant la période où leur religion le leur interdit en utilisant un subterfuge. Le subterfuge c’est ce câble.
Si j’ai bien compris, il y a une notion d’espace privé dans lequel ils peuvent vaquer à leur occupation sans contrainte pendant certains moments de la semaine. Hors la notion d’espace privé étant vague, ils en ont joué. En effet, ce câble est utilisé pour marquer symboliquement la séparation entre l’espace privé et « le reste ». Sachant que le dit câble fait le tour de TOUT Manhattan, ça fait un bel espace privé. A ce stade, autant faire un cercle de 10cm et décider que tout ce qui est à l’extérieur du cercle est privé. BREF.
Bien entendu tout ceci a été fait en accord avec la ville et le coup d’entretien de la chose (autour de 100000$/an) est pris en charge par plusieurs synagogues. Et pour finir, sachez qu’un rabbin inspecte le câble sur toute sa longueur une fois par semaine pour s’assurer de son intégrité (je parle du câble).

Un peu de culture

Après une correspondance à la 125ème rue entre un métro express et un local, nous sortons à la 72eme rue devant un bâtiment nommé le Dakota. C’est à cet endroit précis qu’un « fan » de John Lennon lui a tiré dessus. De l’autre côté de la rue, dans Central Park, une mosaïque a été créé sur une petite esplanade en hommage au chanteur.
Nous nous dirigeons un peu plus loin dans le parc en direction de Bethesda Terrace. Une jolie esplanade avec une fontaine vue dans moult films (John Wick, Avengers) d’un côté et de l’autre The Mall. Une des allées si ce n’est l’allée la plus connue du parc (je connais des gens qui ont ça en photo dans leur toilette – si si je vous jure).

Durant la visite des cloîtres, Aurélie constate que nos tickets sont également valables au MET le même jour. Le MET est l’équivalent local du Louvre. Vu le prix du ticket (25$) et comme c’est sur le chemin, il eut été sot de ne pas le faire. Direction la section Egypte car sous la verrière nord se trouve un authentique temple donnée par l’Egypte. Superbement mis en valeur par l’éclairage naturel, il vaut le détour. On peut même y voir des hiéroglyphes à la gloire du PSG. Oui des trous du cul ont osé faire ça. BREF.
Petit passage ensuite par la collection d’armures médiévales puis direction la section Japon pour des armures de samouraïs absolument divines. Seulement voila, nous cavalons depuis ce matin et je commence à faiblir donc nous sortons. Décisions est prise de prendre un hot dog à un des foods trucks stationnés devant le musée. Le truc le plus new-yorkais que vous puisiez faire en dehors de vous promener avec votre latte à la main et en parlant au téléphone c’est de manger un hot dog assis sur un banc.

Pour la petite histoire, sachez que les foods trucks de NY sont extrêmement réglementés, on ne s’improvise pas vendeur de kebab (ce fléau mondial). Il fut une époque où les licences étaient accordées en priorité aux vétérans de l’armée, notamment après le Vietnam. Certains y ont vu une opportunité de faire du fric et ont fait plusieurs demandes de licence pour les sous-louer. Donc si vous voulez donnez du blé à certains plus qu’à d’autres, regardez bien le food truck. Certains indiquent « veterans owned », cela veut juste dire qu’un vétéran possède la licence pas que c’est lui vend. Les « vrais » indiquent en général quand et où ils ont servi sur leur remorque. Et si le vétéran en question est décédé et que la famille a reprise le business, c’est aussi écrit.
A vous de voir, perso j’ai choisi mon camp.

Arkham Asylum

Après la pause hot dog, nous partons en direction du téléphérique de la ville de New-York. Vous avez bien lu. Ce dernier relie Manhattan à Roosevelt Island, une île située sur l’East River entre Manhattan et le Queens.
Pour nous y rendre nous utilisons notre moyen de locomotion préféré: nos pieds. Pour éviter la foule nous décidons de passer par Park Avenue. Park Avenue c’est l’avenue des milliardaires. Avoir une résidence ici et aussi coté que sur Central Park West – plus prisée des célébrités cela dit. C’est clairement une autre galaxie. Il y a des portiers à chaque immeuble, on brique le cuivre des colonnes sèches qui servent pour les pompiers et on croise les « fils de » en uniforme qui sortent de leur école privée à plusieurs dizaines de milliers de dollar l’année. Contraste avec les mômes du Bronx croisés ce matin.

Nous arrivons donc à notre téléphérique. C’est rigolo et ça fait des photos sympas (sauf si vous êtes un manche comme moi qui se met au pire endroit). Une fois sur Roosevelt Island, nous partons vers la pointe sud car s’y trouve une ruine intéressante: celle d’un ancien hôpital qui traitaient les malades atteints de la variole. Mais si vous savez, ce virus qu’on pensait avoir réussi à éradiquer jusqu’à ce que les militaires russes et américains reconnaissent qu’ils avaient gardé des souches en cas de guerre bactériologique… Manque de bol, la ruine étant une vraie ruine, elle est inaccessible pour d’évidentes raison de sécurité. L’endroit fout froid dans le dos et la luminosité déclinante n’aide pas. On dirait vraiment l’asile d’Arkham dans Batman.

Après avoir bullé un moment sur les rochers et regardé en direction du bâtiment de l’ONU se pose une question de la plus haute importance: QU’EST-CE QU’ON FAIT MAINTENANT? parce que oui, en 3 jours nous sommes venus à bout d’un programme prévu pour 4 et demi en ajoutant en plus des choses imprévues. Une fois de plus Aurélie a la bonne idée: « le bar Metal est loin? » A vol d’oiseau non. Par contre y aller va être une aventure.
Direction la station de métro de Roosevelt Island pour un grand saut dans l’inconnu.

C’est le drame

Nous voila parti dans le métro pour un arrêt qui nous fera ressortir dans le Queens, le fameux coin sensiblement zonard déjà évoqué. Nous filons vers une autre station de métro pour notre correspondance. Entre les stations où il est impossible de changer de quai et les correspondances où il faut faire 600m à pied, je vous jure que c’est du sport ici. La douleur aux pieds se fait plus forte, heureusement le train arrive vite. 5 arrêts plus tard nous sortons dans un coin en pleine gentrification. C’est bobo à mort et les tours d’habitations prolifèrent. Le bâtiment ne connait pas la crise ici. Et contrairement à chez nous, on construit des logements, pas des bureaux. Bref.

Nous voila parti vers le bar qui se trouve à Brooklyn. Comme GMaps décide faire nawak, je me trompe de chemin. Nous prenons donc la route panoramique qui fait passer au-dessus d’une voie rapide, traverser un passage à niveau à la sortie d’un dépôt de trains (bonus train qui passe), monter un escalier des enfers pour récupérer le bon chemin et enfin arriver devant la bonne adresse où rien ne laisse penser qu’il y a un bar. Aurélie tire la porte, nous empruntons le couloir: bingo. Le barman discute avec ses potes et nous sommes les seuls « vrais » clients. L’endroit est chouette, au fond du bar il y a une salle de concert qui peut accueillir environ 300 personnes et ce soir il y a concours de « air guitar » pour gagner des tickets pour le prochain concert de Slipknot.

Après quelques bières, sera commise l’erreur dite du « joyeux anniversaire ». Aurélie me dit « c’est ton anniv’ on se prend des shots de Jägermeister ». Sachant que nous avons peu manger, c’est la pire idée du monde. Un cul sec plus tard, nous voila reparti. Bien entendu ce qui devait arriver arriva. Il faut vite manger avant que les effets secondaires de l’alcool ne deviennent des plus fâcheux. Heureusement se trouve une épicerie juste en face du bar. 10 minutes plus tard, nous sommes en train de manger nos barquettes de pâtes réchauffées sur un quai de déchargement. Du grand nawak.
Nous repartons en direction du métro. Devinez quoi? La station la plus proche est bien entendu celle dont nous venons. Donc nous voila reparti dans l’autre sens. Sauf qu’en chemin c’est le drame: effet secondaire de la bière, il faut faire une pause sanitaire d’urgence. Et nous voila assis dans une crêperie à commander des crêpes au sucre au prix délirant juste pour pouvoir aller aux toilettes. J’vous jure…

Le pire endroit de la ville

La ligne étant directe jusqu’à Time Square, Aurélie, toujours lucide, propose un stop pour faire des photos de nuit. Sur le papier l’idée est bonne. Dans les faits… sans même parler de la possibilité de faire des photos digne de ce nom à cause des écrans, la foule qui grouille sur place est un tue l’amour absolu. C’est vraiment devenu le pire endroit de la ville. Il faut y aller une fois pour voir et vite se tirer ailleurs. Horrible.

Nous dépenserons le peu d’énergie restante pour aller jusqu’au Radio City Hall, célèbre salle de spectacle de la ville avant de battre en retraite vers le métro.
Hier soir, la simple idée de me poser devant le PC pour écrire m’était insupportable. J’étais tellement cuit que je me suis endormi le premier. Chose assez rare pour être signalée.

Demain dernier jour, programme inconnu et ensuite on remballe.

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