Roadtrip Nouveau-Mexique – Jour 5
« Et j’entands siffler le traiiiiiiiin ». Ouais, c’était à ce point là.
5h du matin, le klaxon d’un train me sort du sommeil. Comme expliqué hier, nous avons une voix ferrée extrêmement fréquentée à quelques dizaines de mètres de notre chambre. Les USA étant ce qu’ils sont, ça circule jour et nuit. Un train passant environ toutes les 20 minutes, avec deux coup de klaxonne à chaque fois plus un temps de passage d’environ 2 minutes par train, je vous laisse calculer le temps de pause entre chaque train. Ca plus la chaleur infernale dans la piaule (impensable de dormir avec la clim’ vu le bruit qu’elle faisait), c’est peu de dire que la nuit fut courte.
La grande aventure
Pendant qu’Aurélie termine de se préparer, je pars à l’aventure dans les environs du motel. Y’a pas à dire, Holbrook c’est vraiment l’Amérique profonde, celle où ça ne roule pas sur l’or. Tout est ancien voire miteux/délabré. Et encore, je ne me suis pas aventuré aussi loin que je l’aurai voulu parce qu’il y a « des merveilles » que j’aurais voulu prendre en photo mais qui ont été laissé de côté faute de temps. C’était bizarre mais le choix est assumé. Là-dessus nous sommes partis en direction d’un « diner » indiqué par le réceptionniste du motel.





Pareil, plus typique, ce n’est pas possible. Les banquettes, la serveuse qui vous resserre du café à volonté, les habitués, les drapeaux US partout, la télé allumée sur Fox News (en Arizona on vote Républicain donc on regarde Fox News) et le clou du spectacle. Un monsieur d’environ 75 ans, avec son chapeau hors d’âge, sa chemise rayée, son petit gilet, son accent à couper à la tronçonneuse, sa tasse Trump, la cartouchière autour de la taille et évidemment le revolver qui va avec. Ca ne s’invente pas.





Le petit dèj est copieux, les pancakes aussi monstrueux que bons, le paillasson est relevé juste ce qu’il faut, l’omelette dégouline de fromage et le bol d’oatmill d’Aurélie est très costaud. Tout ça pour le même prix que le petit déj’ dans un Campanil de province, la qualité et la quantité en plus. En sortant, après avoir été rattrapé par la serveuse sur le parking parce qu’Aurélie avait oublié son téléphone sur la banquette, nous filons faire le plein. A ce sujet, la Mustang est étonnamment sobre. Il faut que je refasse le calcul précisément mais on doit tourner autour des 8l/100km. Et pourtant ni Aurélie ni moi ne nous privons de « mettre le pied dedans ». Parlant, de ça, aujourd’hui c’est Aurélie qui conduit. Sur les 380 kilomètres du jour, elle en fera 330. Pas mal pour quelqu’un qui conduit peu.
Pétrifié
Notre première destination du jour est le Petrified Forest National Park. Une curiosité géologique au même titre que le Grand Canyon hier. On y voit (entre autre) des troncs d’arbres pétrifiés lors d’une éruption volcanique il y a 270 millions d’années et qui aujourd’hui sont de la roche tout en ayant gardé leur aspect originel. Ca plus une variété de panoramas assez fou. Avoir ce paysage digne de Mars en premier plan et en fond la prairie de l’Arizona est quelque chose d’assez sublime.



Au milieu de tout ça, le parc a conservé une relique de la Route 66 qui le traversait jusqu’à la construction de l’Interstate 40 (celui dont je parlais hier et qui reprend plus ou moins le même tracé que la Route 66 originale entre Chicago et Los Angeles).



L’avantage de la forêt pétrifiée est que c’est un parc qui est un peu excentré par rapport à la route des grands parcs de l’Ouest américain. Il y a donc un peu moins de monde. Certes on y retrouve bien quelques pseudos influent-chieurs mais globalement ce n’est pas la foule.
Nous mettrons 3 bonnes heures à traverser le parc. En soit il n’est pas très grand mais comme nous stopperons quasiment à chaque point d’intérêt, le temps va filer et même si nous n’avons que 380 kilomètres à faire aujourd’hui, il faut quand même les faire.






Conversation improbable
Notre destination du jour est la petite ville de Magdalena dans l’état du Nouveau-Mexique. Pourquoi ce point de chute? Un peu comme Holbrook hier, le choix s’est fait en fonction de l’évolution du projet de voyage, des choses à voir et des distances à parcourir. Nous aurions pu rester sur notre idée originale et prendre l’Interstate 40 (encore lui) tout du long mais quel intérêt? Sur ce trajet là, il n’y a rien à voir. Alors qu’en passant par le réseau secondaire, les paysages sont aussi fous que la route chiante et droite (et ce n’est que le début croyez moi).



Le truc avec le réseau secondaire, c’est qu’on traverse de petites villes. Je dis à Aurélie de respecter scrupuleusement la limitation de vitesse lors de la traversée de ces villes car la police, qui n’a pas grand chose pour s’occuper dans ces coins là, chasse les excès de vitesse avec zèle. Je vous le donne en mille. Devinez qui était planqué sous un arbre, radar à la main juste derrière un panneau de limitation de vitesse à l’entrée de la première ville juste après mon avertissement?



Nous passons la frontière du Nouveau-Mexique, ce qui fait que j’ai officiellement visité 27 états sur 50. Aurélie en est à 6 (pour l’instant). En passant la frontière, nous avons aussi changé d’heure. Hé oui. De 9h de décalage avec la France, nous sommes passés à 8. Je vais aussi en profiter pour rectifier ce que j’ai dit à propos du point le plus haut du voyage. Hier 2200 mètres d’altitude, aujourd’hui 2370 mètres. Quant aux paysages du Nouveau-Mexique, c’est très très différent de ce à quoi je m’attendais. Je pensais voir quelque chose ressemblant aux alentour de Phoenix, du désert bien rocheux avec des cactus. En fait non. C’est très vert et montagneux et c’est absolument splendide. Cet état gagne à être connu.
Au milieu de toute cette nature, se trouve le Very Large Array. Un immense radiotélescope qui permet d’observer étoiles et galaxies. C’est pourquoi on passe au milieu de ces immenses antennes installées au milieu de nulle part. Nous le savions c’est aussi pour ça que nous avons choisi cet itinéraire.



Enfin, nous arrivons à Magdalena. C’est tout petit (500 habitants) et ça a le charme de l’Amérique très profonde. Nous logeons dans un motel dont la gérante originaire du Texas et a pas mal voyagé. Ca donnera lieu un peu plus tard dans la soirée à une conversation inattendue aussi bien sur ses voyages que sur ses multiples participations au Burning Man. Pour faire simple, le Burning Man est un festival qui se tient au milieu du désert du Nevada et qui est quelque part le descendant spirituel de Woodstock et des rassemblements hippies (je schématise beaucoup mais c’est l’idée).
Nous irons ensuite dîner dans le seul restaurant de la ville. Pareil, c’est sans prétention mais ça a un charme fou, tout ça avant de revenir avoir cette fameuse conversation avec la gérante, le tout une bière à la main.






Il fait déjà nuit mais des clients arrivent encore, la plupart sont des chasseurs. En effet, c’est la saison de la chasse dans l’état. Chasse à l’arc pour l’instant, la chasse au fusil n’ouvre que début octobre. Nous comprenons que nous avons eu de la chance d’avoir une chambre car l’endroit est très prisé pour la chasse aux wapitis. J’en ai d’ailleurs aperçu en bord de route, le bestiau est massif. Bref, notre voisin débarque avec un énorme pickup Dodge. Comme nous discutions avec la gérante, il s’excuse de nous avoir interrompu. Là-dessus démarre une autre conversation tout aussi improbable. Nous parlerons aussi bien de son camp de chasse dans les montagnes, que des distances de voyage (il vient de Huntsville au Texas – 14 heures de route), de la consommation de son pickup (où il me dit dans un éclat de rire qu’il aurait moins consommé si il avait roulé moins vite avec sa remorque), des normes antipollutions en Europe, du prix de son pickup en France ou encore du fait de vouloir écraser les gens dans les rues de Paris avec son Dodge. Du grand n’importe quoi. C’est aussi ce qui fait le charme de ce pays, des conversations improbables avec des inconnus.
Demain, retour sur les routes du Nouveau-Mexique en direction du nord.



