Roadtrip USA 2025 – Jour 6

La journée la plus courte en terme de kilomètre mais pas la moins remplie pour autant.

Aujourd’hui nous quittons l’Utah pour l’Arizona. Avant de faire exactement l’inverse demain, vous comprendrez en temps voulu.
A Tropic, il fait beau, il fait bon et après exactement le même petit déjeuner qu’hier, d’autorité Aurélie se met au volant.

Canyon secret

Nous premier arrêt du jour se fera à Orderville. Ou plutôt sur les hauteurs d’Orderville. L’endroit se trouve à une petite heure de voiture de Tropic, c’est un bled du bout du monde comme il y en a des milliers aux Etats-Unis. Alors qu’y a t-il de rare à Orderville? Un slot canyon – littéralement un canyon en fente. Le sud de l’Utah regorge de ce type de canyons. Le problème était que les plus spectaculaires sont soit accessibles uniquement avec un véhicule 4 roues motrices (ce qui n’est pas le cas de notre tank), soit ils n’étaient pas sur notre route. Le plus célèbre et le plus beau est Antelope Canyon mais celui-là est payant et absolument hors de prix. Entre 150 et 300$ / personne suivant la compagnie qui vous y amène. Car l’endroit étant une réserve des indiens Navajo, ce sont eux qui fixent les prix. Donc comme je voulais vraiment en voir un slot canyon, il a fallu transiger. Encore une fois, merci Instagram pour cette trouvaille.

Aurélie gare le pickup sur un petit parking du bout du monde avant que nous ne partions à l’aventure. L’endroit est désert. Sorti d’un couple d’influenceurs qui faisaient la conversation à leur caméra et 2 couples, nous n’avons vu personne. Après une vingtaine de minutes de marche sous un soleil un tantinet agressif, le canyon rétréci d’un coup et on entre dans cette petite enfilade au milieu de murs de pierre de plusieurs dizaines de mètre de haut. En cas de crue éclaire dans ce type d’environnement, vous êtes foutu. Mais ce n’est pas le sujet. L’exploration tourne court après 20 mètres dans le canyon. Devant nous se dresse un amas de pierres, pas infranchissable mais clairement casse gueule. Prendre appui sur les parois du canyon n’aide pas car elles glissent. Nous convenons avec Aurélie de ne pas tenter le diable. C’est là que débarque un couple avec un bébé. Le mec est taillé comme un char d’assaut et décide tenter l’escalade. Malgré son mètre quatre vingt cinq il galère à monter. Il me demande si je suis monté. Je réponds que non et que de toute façon, ce n’est pas monter le problème mais redescendre. Une fois en haut, il regarde sa femme et lui dit « il a raison. La descente va être compliquée ». Nous les abandonnons à leur cascade.

Nouvelle vague

La suite ce sera 2h de route en direction de Page, dans l’Arizona, qui est notre destination du jour.
Niveau paysage, entre l’Utah et l’Arizona, c’est la surenchère à celui qui aura les plus beaux. La route entre Kanab en Utah et Page offre un décor totalement absurde. Comme l’a dit hier la mère d’Aurélie: « l’attaque de la diligence c’est pour quand? ». Chaque virage est un décor de film potentiel.
Le second arrêt du jour est un endroit nommé The New Wave quelques kilomètres avant Page. Si l’endroit se nomme The New Wave (la nouvelle vague) c’est qu’il existe un endroit nommé The Wave. Il porte ce nom car le roche est marquée par l’érosion qui y a tracé des sorte de « vagues ». C’est absolument sublime. Le hic est que l’accès à cet endroit est extrêmement réglementé. Seulement 64 personnes sont autorisées à y accéder chaque jour et pour avoir un ticket, il faut s’inscrire à une loterie 3 mois avant la date de visite espérée. Sans parler du prix du permis si on gagne la loterie. Donc pour faire simple et gratuit, direction The New Wave.

C’est littéralement à 500 mètres de la route et on y croise quasi personne. Sorti d’une influenceuse polonaise qui se filmait avec son drone et une dizaine de personnes, rien nada zéro. Pas un touriste à l’horizon. Et pourtant le panorama est fou. Le chemin est marqué au sol par des pierres qu’il suffit de suivre. Nous embarquons une bonne quantité d’eau, mettons nos protections anti UV (36° à ce moment de la journée) et partons voir si nous trouvons cette fameuse vague. Ayant un peu fait mes devoirs avant de partir, j’ai un plan des lieux et donc sait à peu près où chercher pour trouver le clou de la visite.

Après une heure de marche, nous passons devant une sorte de renfoncement. Voyant les formes sur la roche à l’entrée du renfoncement, je suppose que c’est là. Sauf qu’en y allant, je vois et entend un truc suspect sous un rocher. Ce qui j’imagine être un serpent semble se planquer à l’ombre sous une pierre. Dans le doute je recule et dit à Aurélie de ne pas venir par là. Je passe donc plusieurs mètres derrière l’endroit où la bête se cache pour enfin découvrir la fameuse vague. C’est assez impressionnant de voir la façon dont la roche est creusée.

Aurélie finit par me rejoindre, fait son tour puis repart. Puis d’un elle m’appelle et me dit « là regarde ». Un gros lézard nous surveille calé sur 2 rochers. Je reconnais alors la forme aperçu sous le rocher un peu plus tôt. Un peu rassuré, nous le regardons faire sa petite vie avant de le laisser percher sur un buisson.

Le fer à cheval

Retour à la voiture pour parcourir les 6 derniers kilomètres. L’autre jour nous étions au barrage Hoover qui marquait la fin officielle du Grand Canyon. Aujourd’hui nous sommes passés au barrage de Glen Canyon qui lui marque le début officiel du Grand Canyon. Là encore, arrêt obligatoire pour quelques photos parce que l’endroit est spectaculaire. D’autant que le pont qui surplombe le barrage est bien plus petit et tremble à chaque camion qui passe.

Ensuite rapide stop à l’hôtel pour poser nos affaires. L’hôtel se trouve sur Kaibab Street. Un nom qui ne s’invente pas. De l’autre côté de la rue, face à l’hôtel, se trouve une concession Ford avec toute une collection de pickups et surtout un F150 Raptor R. La version la plus énervée du F150 avec son « petit » V8 de 5,2L pour 725 chevaux. Celui garé devant la concession était affiché à 116880$ mais la liste d’options est plutôt conséquente. Donc si vous ne savez pas quoi m’offrir pour mon anniversaire… hein… voilà. Je l’aurais préféré en rouge mais ce gris craie me va très bien aussi.

Nous repartons donc vers un des endroits du Grand Canyon qui a gagné en popularité ces dernières années: Horseshoe Bend. Qu’on peut traduire par « la courbe du fer à cheval ». C’est « juste » un endroit où le Colorado à creuser la roche pour en faire un canyon en forme de fer à cheval. Pour y aller, il faut acquitter 10$ à la ville de Page. L’endroit a été aménagé pour que les très nombreux touristes évitent de faire n’importe quoi. Comme par exemple faire une chute de 300 mètres au fond de canyon. Parce que oui c’est si gigantesque que ça. Même en l’ayant vu en photo avant de venir, je ne m’attendais pas à voir quelque chose d’aussi monumental. C’est à tomber à la renverse tellement le paysage est beau.
Dommage qu’il y ait autant de monde.

A la benne

Une fois sorti de là, direction un de nos endroits favoris: le Walmart! Ces supermarchés sont fabuleux. Celui de Las Vegas était un peu décrépis, limite craignos. Celui-là est rutilant. C’est toujours un grand moment car on ne sait pas sur quelles choses improbables on va tomber. Aurélie a d’ailleurs très bien résumé la chose. « Tu rentres ici, tu prends tes œufs, tes yaourts, 20 litres de coca, une canne à pêche, des munitions et c’est normal ». Le temps de trouver ce que nous cherchons, d’hésiter entre 6 parfums de donuts différents et aussi de constater que l’inflation est bien réelle, nous ne ressortirons de là qu’au bout d’une heure. Prodigieux de voir Aurélie passer autant de temps dans un supermarché et de trouver ça amusant.

Le démon

Retour à l’hôtel pour un apéro improvisé sur le parking puis vient le moment fatidique où il faut décider d’où nous allons aller dîner. Étant dans un endroit extrêmement touristique, Aurélie a décidé que nous n’irions pas dans un resto pour payer un plat les yeux de la tête. Avant de déclarer qu’elle avait envie de mexicain. OK ça me va. Comme par hasard, il y a un food truck mexicain face à la station service où nous avons fait le plein. Comme il est bien noté, nous irons là. Tacos et sopes pour elle, tortas pour moi. Je n’ai aucune idée de ce que c’est comme plat mais je tente. Puis soudain je demande à Aurélie où nous allons manger. Retour à l’hôtel pour un repas de la tristesse dans notre chambre de Motel 6 (équivalent Première Classe chez nous)? Non. ce sera littéralement au cul du camion, dans la benne du pick-up sur le parking où est stationné le food truck. Il fait encore 31° mais on est bien, notre petite installation est parfaite et c’est probablement le meilleur mexicain que j’ai mangé de ma vie. Bien entendu, qui dit mexicain dit piment. Aurélie, aimant les cascades avec tout ce qui est épicé, croque dans le piment. Je vois encore les regrets au fond de ses yeux.

Là-dessus, retour à l’hôtel vitres baissées en écoutant la radio en mode gros cake. Il va falloir bien se reposer car demain il y a au moins 8h de route. Mais il y aura aussi un des décors de cinéma parmi les plus mythiques.

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